Trouver des clients quand on démarre commence rarement par une campagne publicitaire. Dans la grande majorité des cas, les premiers contrats viennent du réseau proche, d'un ancien employeur, d'une recommandation ou d'une rencontre lors d'un salon professionnel. Le courriel et le téléphone restent utiles, mais ils sont encadrés par des règles précises de la CNIL et, depuis le 11 août 2026, par un nouveau cadre sur le démarchage téléphonique des particuliers. Comprendre ces règles avant de prospecter évite une plainte, une amende ou simplement un message qui finit à la corbeille. Ce guide détaille, dans l'ordre où elles se présentent pour une personne qui démarre, les voies pour trouver ses premiers clients pour son entreprise, les règles de la prospection commerciale par courriel et par téléphone, LinkedIn, les salons et la façon de transformer un premier client satisfait en prescripteur. La vue d'ensemble du démarrage commercial se trouve dans notre dossier pour lancer son activité.

Où chercher ses premiers clients quand on démarre

La première source de clients d'une activité qui démarre est presque toujours le réseau personnel et professionnel déjà constitué avant le lancement : anciens collègues, anciens employeurs, fournisseurs croisés dans une vie professionnelle précédente, voisins de quartier pour une activité locale, membres d'une famille élargie ou d'un cercle associatif. Ce réseau a un avantage que n'a aucune prospection à froid : il connaît déjà la personne qui porte le projet, ce qui raccourcit considérablement le temps nécessaire pour établir la confiance.

Un ancien employeur ou un ancien client d'une activité salariée mérite une attention particulière. Il arrive fréquemment qu'une personne qui se lance comme indépendante reste en contact avec une structure qui l'employait auparavant, et que celle-ci devienne son premier client ou son premier apporteur d'affaires, dès lors que la situation est compatible avec d'éventuelles clauses contractuelles (clause de non-concurrence, clause de confidentialité) qu'il faut relire avant tout contact commercial avec un ancien employeur.

Les prescripteurs forment une deuxième catégorie décisive : ce sont des professionnels qui ne sont pas des concurrents directs mais qui croisent la même clientèle. Un comptable, un notaire, un artisan d'un corps de métier complémentaire, un commerçant voisin peuvent orienter des clients vers une activité qui démarre, souvent sans contrepartie financière au début, simplement parce que la relation est réciproque dans le temps. Identifier trois à cinq prescripteurs potentiels et leur présenter clairement l'offre, en une ou deux phrases, est un investissement de temps qui rapporte davantage, au démarrage, qu'une campagne publicitaire payante.

Les salons professionnels, les foires locales et les événements de la chambre de commerce ou d'un club d'affaires permettent de rencontrer en une journée des dizaines de prospects ou de prescripteurs qu'il aurait fallu des semaines à contacter un par un. Même un salon modeste, à l'échelle d'une ville ou d'un quartier, crée des occasions de conversation que ne remplace pas un message envoyé à froid. La recommandation, enfin, reste le canal le moins coûteux et le plus efficace dans la durée : un client satisfait qui parle spontanément d'une activité à son entourage apporte des prospects déjà convaincus, sans effort de prospection supplémentaire.

La prospection par courriel en B to B et en B to C

La prospection commerciale par courrier électronique est une des méthodes les plus accessibles pour une personne qui démarre, car elle ne demande pas de budget publicitaire. Elle est aussi l'une des plus encadrées. La CNIL distingue deux situations bien différentes selon que le destinataire du message est un particulier (B to C) ou un professionnel contacté à titre professionnel (B to B), et les règles ne sont pas les mêmes dans les deux cas.

Pour un particulier, le principe est le consentement préalable : la personne doit avoir donné son accord avant d'être démarchée par courriel, de façon libre, spécifique, éclairée et univoque, ce qui suppose une action positive comme une case à cocher non pré-cochée. La CNIL précise que l'acceptation de conditions générales d'utilisation ne peut pas suffire à elle seule. Il existe une exception : si la personne est déjà cliente de l'entreprise pour des produits ou services analogues, la prospection peut se fonder sur l'intérêt légitime de l'entreprise, à condition que la personne ait été informée de cet usage et puisse s'y opposer simplement et gratuitement, dès la collecte de son adresse et à chaque envoi. La CNIL précise que la simple création d'un compte en ligne, sans achat effectif, ne suffit pas à activer cette exception.

Pour un professionnel contacté à titre professionnel, la logique est inversée : la prospection peut s'appuyer sur l'intérêt légitime de l'entreprise qui prospecte, sans consentement préalable, à condition que la personne ait été informée au moment de la collecte de son adresse et qu'elle puisse s'opposer simplement et gratuitement à tout moment, notamment lors de chaque envoi. Dans tous les cas, qu'il s'agisse de B to B ou de B to C, chaque message doit indiquer l'identité de l'annonceur et proposer un moyen simple de s'opposer à de futurs envois, comme un lien de désinscription. Les adresses génériques d'une entreprise, du type contact@ ou info@, sont considérées comme des coordonnées de personne morale et ne relèvent pas de ces mêmes principes de protection des données personnelles.

Le tableau ci-dessous résume les différences entre les deux situations, telles qu'elles figurent sur la page de la CNIL consacrée à la prospection commerciale par courrier électronique.

Élément de la règleB to C (particulier)B to B (professionnel)
Fondement juridiqueConsentement préalable, libre, spécifique, éclairé et univoqueIntérêt légitime de l'entreprise qui prospecte
Action demandée au moment de la collecteCase à cocher dédiée, non pré-cochéeInformation de la personne et possibilité de s'opposer
Exception possibleClient déjà existant pour des produits ou services analogues, avec droit d'oppositionNon applicable, le principe de base suffit déjà
Mention obligatoire dans le messageIdentité de l'annonceur et lien de désinscriptionIdentité de l'annonceur et lien de désinscription
Bonne pratique de contenuMessage cohérent avec les produits ou services déjà fournis à la personneMessage en lien avec l'activité ou la profession de la personne contactée, recommandé mais sans texte CNIL précis à citer

Dans la pratique, une personne qui démarre une activité de services destinée à d'autres entreprises peut constituer une liste de prospects professionnels à partir d'informations publiques (site internet, annuaire professionnel, réseau LinkedIn) et leur envoyer un message de présentation, à condition de respecter l'obligation d'information et le droit d'opposition. Une activité qui vend à des particuliers doit, en revanche, construire sa liste de contacts à partir d'un consentement réel, recueilli par une case à cocher, et non en récupérant des adresses collectées pour un autre usage.

Le démarchage téléphonique depuis le 11 août 2026

Le téléphone reste un canal de prospection direct et personnel, mais son usage auprès des particuliers a profondément changé. Depuis le 11 août 2026, le démarchage téléphonique des consommateurs est interdit dans tous les secteurs, sauf consentement préalable clair du consommateur ou appel portant sur un contrat déjà en cours. Ce principe inverse la logique qui prévalait auparavant : ce n'est plus au consommateur de s'inscrire sur une liste d'opposition, c'est à l'entreprise qui démarche d'obtenir l'accord avant d'appeler. Le service Bloctel, qui permettait auparavant de s'inscrire sur une liste d'opposition au démarchage, est devenu obsolète et a été supprimé avec ce changement de logique.

Le consentement à être démarché par téléphone vaut un an maximum et ne peut pas être reconduit tacitement : il doit être redemandé à l'issue de ce délai. Ce consentement doit aussi être vérifiable et documenté, ce qui signifie qu'une entreprise qui démarche doit pouvoir prouver, à tout moment, que la personne appelée avait bien donné son accord, et dans quelles conditions. La preuve de ce consentement doit être conservée au minimum trois ans et doit pouvoir être fournie au consommateur qui la demande.

Le non-respect de ces règles expose à des sanctions lourdes : jusqu'à 75 000 euros pour une personne physique et 375 000 euros pour une personne morale, avec une possibilité de publication de la sanction par la DGCCRF. Pour une activité qui démarre, ce risque n'est pas théorique : un appel passé sans consentement préalable documenté, même isolé, peut déjà être constitutif d'un manquement. La définition retenue par le code de la consommation est précise : il s'agit d'un professionnel qui contacte un consommateur par téléphone en vue de conclure un contrat de vente ou de fourniture de service.

Concrètement, une activité qui vend à des particuliers et qui souhaite continuer à utiliser le téléphone comme canal de prospection doit d'abord obtenir un accord explicite, par un autre moyen (formulaire en ligne avec case à cocher, échange écrit préalable, prise de rendez-vous demandée par la personne elle-même), avant de composer un numéro à des fins commerciales. À l'inverse, un appel portant sur un contrat déjà signé, pour un suivi ou une relance de facturation par exemple, n'entre pas dans le champ de cette interdiction. Pour une prospection B to B, le téléphone reste en pratique un outil plus direct, car la relation entre deux professionnels ne relève pas de la même protection du consommateur, mais l'information préalable de la personne contactée et la possibilité de s'opposer restent de bonnes pratiques à conserver.

LinkedIn et la prospection commerciale en ligne

LinkedIn est devenu, pour une grande partie des activités orientées vers des professionnels, un canal de prospection commerciale B to B à part entière. Un profil complet, avec une présentation claire de l'offre et des exemples concrets de ce qui est proposé, fonctionne comme une vitrine consultée avant même un premier échange téléphonique ou un premier rendez-vous. La publication régulière de contenu utile pour la cible visée (une question répondue, une erreur fréquente expliquée, un cas de figure rencontré) construit une forme de notoriété progressive, sans dépenser de budget publicitaire.

La prospection directe sur LinkedIn, par message privé, suit la même logique de fond que la prospection par courriel : un message pertinent, en lien avec la profession ou l'activité de la personne contactée, a plus de chances d'obtenir une réponse qu'un message générique envoyé en masse. Lorsque l'adresse électronique utilisée pour recontacter une personne en dehors de la plateforme provient d'un profil LinkedIn, les mêmes règles de prospection par courriel évoquées plus haut s'appliquent : identité de l'annonceur et possibilité de s'opposer simplement à de futurs envois.

D'autres canaux en ligne complètent LinkedIn pour une activité qui démarre : une fiche d'établissement correctement renseignée sur un moteur de recherche, des groupes professionnels ou locaux sur les réseaux sociaux, ou encore la réponse à des appels d'offres et à des demandes publiées par des particuliers ou des professionnels sur des plateformes spécialisées. L'essentiel, au démarrage, est de choisir deux ou trois canaux en ligne et de les tenir dans la durée plutôt que d'ouvrir cinq profils qui resteront sans activité.

Salons et événements locaux

Un salon professionnel, une foire commerciale, un marché de créateurs ou une réunion d'un club d'affaires local offrent un contact direct avec des prospects, sans intermédiaire numérique. Pour une activité qui démarre avec un budget limité, participer comme visiteur à un salon du secteur avant d'y tenir un stand permet déjà de repérer les prescripteurs potentiels, les concurrents directs et les attentes exprimées par les visiteurs. Un stand partagé avec une autre activité complémentaire, non concurrente, réduit le coût de participation tout en élargissant les présentations faites aux visiteurs du stand voisin.

Les événements locaux organisés par une municipalité, une chambre de commerce ou une association de commerçants jouent un rôle équivalent à une échelle plus modeste : ils rassemblent en un lieu et un moment donnés des personnes qui, autrement, auraient été contactées une par une. Préparer, avant l'événement, une présentation courte de l'activité, tenant en quelques phrases, évite d'improviser une réponse confuse à la question la plus posée lors de ces rencontres : que faites-vous exactement ?

Transformer les premiers clients en prescripteurs

Les tout premiers clients d'une activité qui démarre ont un rôle qui dépasse le chiffre d'affaires qu'ils apportent directement : correctement accompagnés, ils deviennent une source de recommandations et d'avis qui facilitent l'arrivée des clients suivants. Deux leviers simples permettent d'organiser cette transformation sans budget conséquent : l'avis client et le parrainage.

Demander un avis à un client satisfait, au moment où la prestation vient de se terminer et où la satisfaction est la plus fraîche, donne de meilleurs résultats qu'une relance plusieurs semaines plus tard. Un avis publié sur une fiche d'établissement en ligne ou partagé directement sur un réseau professionnel rassure les prospects suivants, qui n'ont souvent aucune autre information disponible sur une activité qui vient de démarrer.

Le parrainage consiste à proposer à un client existant de recommander l'activité à son propre réseau, parfois avec un avantage en retour (une réduction, un geste commercial, un service complémentaire). Ce mécanisme fonctionne particulièrement bien dans les premiers mois, lorsque le nombre de clients est encore réduit et que chaque relation compte. Il suppose de garder une trace simple de qui a recommandé qui, pour pouvoir honorer l'engagement pris envers le client parrain sans erreur.

Suivre ses contacts avec un fichier simple et conforme

Dès les premiers contacts commerciaux, tenir un fichier de suivi, même sous une forme très simple, évite de perdre le fil d'une relation prometteuse et permet de respecter les obligations qui s'attachent à la détention de coordonnées de prospects. Un tableau comportant le nom, le canal de premier contact, la date, le statut de la relation (prospect, client, prescripteur) et la preuve du consentement obtenu, lorsqu'un consentement est nécessaire, suffit largement au démarrage d'une activité.

Information à suivrePourquoi la garder
Nom et coordonnées du contactRetrouver et recontacter la personne au bon moment
Canal et date du premier contactSavoir d'où vient chaque relation et mesurer les canaux efficaces
Statut (prospect, client, prescripteur)Prioriser les relances et distinguer les profils
Preuve du consentement, si nécessairePouvoir la fournir en cas de demande, pendant au moins trois ans pour le démarchage téléphonique
Date de la dernière interactionÉviter de solliciter trop souvent ou d'oublier un suivi promis

Ce fichier n'a pas besoin d'un outil coûteux : un tableau partagé ou un simple document suffit tant que le nombre de contacts reste limité. Ce qui compte davantage que l'outil choisi est la discipline de mise à jour régulière, et la conservation, à côté de chaque contact, de la preuve que la personne a bien accepté d'être recontactée lorsque cette preuve est exigée par la règle applicable au canal utilisé.

Repères prospection

Interdiction de principe du démarchage téléphonique
depuis le 11 août 2026
Durée maximale du consentement au démarchage téléphonique
1 an, non reconductible tacitement
Durée de conservation de la preuve du consentement
3 ans minimum
Sanction maximale, personne physique
75 000 euros
Sanction maximale, personne morale
375 000 euros
Délai de réponse CNIL à une demande d'exercice des droits
1 mois maximum, sauf exceptions

Vigilance démarchage téléphonique

Depuis le 11 août 2026, appeler un particulier à des fins commerciales sans consentement préalable documenté constitue un démarchage illicite, même pour un seul appel isolé. Le service Bloctel ayant été supprimé, il ne protège plus personne : c'est désormais à l'entreprise qui souhaite démarcher par téléphone de prouver qu'elle dispose d'un accord valide, daté de moins d'un an et conservé au moins trois ans.

Questions fréquentes sur la prospection et les premiers clients

Par où commencer pour trouver ses premiers clients quand on démarre une activité ?

Le réseau proche, les anciens employeurs et collègues, et les prescripteurs non concurrents sont généralement les sources les plus rapides, car la confiance existe déjà. La prospection par courriel, le téléphone, LinkedIn et les salons viennent ensuite, chacun avec ses propres règles à respecter.

Peut-on envoyer un courriel de prospection à un particulier sans son accord préalable ?

En principe non. La CNIL exige un consentement préalable, libre, spécifique, éclairé et univoque pour prospecter un particulier par courriel, sauf si cette personne est déjà cliente pour des produits ou services analogues et qu'elle a pu s'opposer à cette utilisation.

La prospection par courriel en B to B demande-t-elle un consentement préalable ?

Non, elle peut se fonder sur l'intérêt légitime de l'entreprise qui prospecte, à condition d'informer la personne au moment de la collecte de son adresse et de lui permettre de s'opposer simplement et gratuitement à tout moment, notamment lors de chaque envoi.

Le démarchage téléphonique est-il totalement interdit depuis le 11 août 2026 ?

Non, il est interdit par principe sauf consentement préalable clair du consommateur ou appel portant sur un contrat en cours. Ce consentement vaut un an maximum, doit être documenté et sa preuve doit être conservée trois ans.

Que risque une entreprise qui démarche par téléphone sans consentement ?

Jusqu'à 75 000 euros d'amende pour une personne physique et 375 000 euros pour une personne morale, avec une possibilité de publication de la sanction par la DGCCRF.

Faut-il un fichier spécial pour suivre ses prospects quand on démarre ?

Non, un tableau simple suffit, à condition d'y noter le canal et la date du premier contact, le statut de la relation et, lorsque c'est nécessaire, la preuve du consentement obtenu pour recontacter la personne.